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  • Acheter canadien une préférence persistante et de nouveaux leviers publics

    L’intérêt des consommateurs repose sur des bases anciennes. Les entreprises réorientent certains achats et les pouvoirs publics inscrivent davantage de contenu canadien dans leurs règles. Ces mouvements avancent toutefois à des rythmes différents.

    L’achat canadien conserve des appuis bien après les premières réactions aux tensions commerciales de 2025. Pour les fabricants et les marchands, la question est désormais de savoir comment transformer cette préférence en commandes régulières. Les données décrivent un intérêt persistant chez les consommateurs, des changements engagés dans les entreprises et un levier public qui se précise.

    Dès 2013, une enquête Ipsos pour BDC, auprès de 1 023 Canadiens, relevait que 45 % avaient fait un effort, pendant l’année précédente, pour acheter des produits provenant du Canada. L’attention à l’origine précédait donc largement le conflit actuel.

    De nouvelles démarches apparaissent encore en 2026. Dans une enquête BDC menée en février auprès de 1 500 adultes et publiée en avril, 38 % déclarent avoir essayé, pour la première fois au cours des six mois précédents, de rechercher spécifiquement des solutions canadiennes pour remplacer des biens étrangers. Ce résultat mesure une recherche déclarée, pas des ventes; il indique néanmoins que l’intérêt continuait à gagner de nouveaux consommateurs après la première vague de 2025.

    La fréquence déclarée apporte un autre repère : dans une enquête Abacus de juin-juillet 2026, 53 % disent faire un effort pour choisir canadien souvent ou presque toujours. Cette question diffère de celle de 2013 : on ne peut pas soustraire les deux résultats pour calculer une croissance. Ensemble, ils documentent une préférence ancienne toujours présente aujourd’hui.

    La même enquête Abacus place la fierté envers le Canada au premier rang des motivations déclarées, à 30 %, suivie de l’inquiétude pour les emplois et l’économie, à 22 %, puis de la colère contre les États-Unis et Donald Trump, à 21 %. Ces sentiments peuvent se recouper, mais l’achat canadien mobilise manifestement plusieurs ressorts.

    Le prix conserve toutefois son poids. Lorsque le produit canadien coûte sensiblement plus cher, 19 % disent l’acheter quand même, 43 % arbitrent selon les produits et 34 % choisissent le moins cher. Une offre compétitive, facile à repérer et dont la valeur est expliquée dispose donc de meilleures conditions pour convertir l’intérêt en achat.

    Les entreprises ont commencé à déplacer des achats

    Au printemps 2025, Statistique Canada mesurait des actions déjà engagées : 12,0 % des établissements employeurs déclaraient avoir accru leur approvisionnement domestique pendant les trois mois précédents. La proportion atteignait 26,4 % dans la fabrication et 33,9 % chez les fabricants important des États-Unis. Il s’agit d’une proportion d’entreprises, pas d’une part des dollars dépensés. Un fournisseur établi au Canada peut aussi revendre des importations.

    Les effets commerciaux demeurent inégaux. À l’automne 2025, la Banque du Canada indiquait que davantage d’entreprises attribuaient une hausse de leurs volumes aux achats canadiens de leurs clients, tout en précisant qu’elles formaient encore une faible proportion de l’ensemble.

    Le secteur public ajoute un levier institutionnel

    Les pouvoirs publics peuvent soutenir une demande sur plusieurs années. La Stratégie nationale de construction navale, annoncée en 2010, visait déjà à rendre les achats prévisibles et à atténuer les cycles industriels. Le levier n’est donc pas nouveau; son champ d’application évolue.

    En 2024-2025, Ottawa a attribué 66,9 milliards de dollars de contrats, biens, services et construction réunis. Ce total donne la mesure de son pouvoir d’achat, sans représenter des ventes exclusivement fabriquées au Canada. Depuis le 15 juin 2026, la politique donnant priorité aux fournisseurs et contenus canadiens dans les achats stratégiques vise les contrats d’au moins 5 millions de dollars.

    Une règle distincte pour les matériaux exige des matériaux produits au Canada dans les contrats fédéraux de construction et d’achat de biens de défense d’au moins 25 millions de dollars, lorsque les besoins pour un matériau visé, acier, aluminium ou produits du bois, atteignent 250 000 $ et qu’une offre canadienne existe, sous réserve des exceptions prévues. Ce seuil s’applique séparément à chaque matériau. La fabrication doit être canadienne; la seule nationalité du vendeur ne suffit pas.

    Le palier provincial participe aussi au mouvement. Le plan Canada–Ontario annoncé le 21 octobre 2026 prévoit de mobiliser les politiques Achetez canadien et Buy Ontario pour prioriser l’acier canadien dans les achats publics. C’est un engagement de politique industrielle, dont les effets devront se mesurer dans les contrats attribués.

    Les sociétés d’État fédérales conservent leurs mandats et leurs règles : elles sont encouragées à s’aligner sur le cadre fédéral, sans être toutes automatiquement soumises au même régime. Ces politiques ne prouvent pas encore une augmentation correspondante des ventes, mais elles ajoutent des critères d’achat qui peuvent survivre aux fluctuations de l’opinion.

    Rendre la préférence applicable au moment du choix

    Pour notre réseau, l’enjeu est concret : rendre l’origine vérifiable et visible, accompagner la comparaison des produits et répondre aux exigences des acheteurs. BDC relevait que 50 % des répondants concernés seraient encouragés par une présentation plus claire des origines canadiennes. L’accréditation Bien fait ici s’inscrit dans ce besoin d’information. La persistance des appuis est documentée; leur conversion en rachats réguliers dépendra aussi du prix, de la qualité, de la disponibilité et du service.