• EN
  • Approvisionnements le Sommet Canada Union européenne élargit les options

    L’Alliance pour l’avenir lancée le 30 octobre, au terme du sommet de Montréal, place les ports, les normes et les investissements industriels au cœur du rapprochement transatlantique. Ces engagements peuvent prolonger une diversification déjà amorcée.

    Réunis à Montréal les 29 et 30 octobre 2026, le premier ministre Mark Carney et les dirigeants européens ont lancé une Alliance pour l’avenir entre le Canada et l’Union européenne. Les annonces visent de nouveaux débouchés, mais aussi des chaînes d’approvisionnement plus sûres, des liens industriels renforcés et un meilleur accès aux ressources stratégiques.

    Le cap avait été explicité par Carney dans sa déclaration du 21 août 2026 sur les négociations avec les États-Unis : « Nos exportations vers les marchés hors États-Unis devraient doubler », écrivait-il, à l’horizon de la prochaine décennie. L’Alliance transatlantique complète ce cap commercial par un travail sur les investissements, les normes et la logistique.

    Ce que les annonces européennes peuvent changer

    La déclaration commune du 30 octobre prévoit de renforcer les liens entre ports et réseaux logistiques, de coopérer davantage sur la réglementation et la normalisation et d’élaborer des feuilles de route industrielles. Un conseil commercial doit également réunir les entreprises des deux côtés de l’Atlantique.

    Les négociations d’un accord Canada–Banque européenne d’investissement ont aussi été conclues afin de faciliter les investissements européens dans les ressources stratégiques canadiennes. Pour les fabricants et les marchands, ces engagements peuvent élargir les choix de partenaires et soutenir des capacités industrielles. Les projets doivent maintenant se déployer; la conformité des produits reste à vérifier pour chaque marché.

    Changer de fournisseur engage souvent davantage qu’un changement de préférence. Il faut comparer le coût rendu, valider la conformité, tester les produits et organiser la livraison. Lorsqu’un nouveau partenaire satisfait ces exigences et investit pour servir son client, la relation peut durer. Les données canadiennes permettent de mesurer certains déplacements et de distinguer les possibilités des transformations déjà réalisées.

    Une diversification amorcée bien avant le conflit actuel

    Les importations offrent un recul de vingt ans. Selon des parts calculées à partir du tableau douanier 12-10-0171-01 de Statistique Canada, les marchandises d’origine américaine représentaient 56,5 % de la valeur des importations canadiennes en 2005, contre 45,9 % en 2025.

    Année Part des États-Unis dans les importations de marchandises
    2005 56,5 %
    2015 53,2 %
    2020 48,8 %
    2024 49,2 %
    2025 45,9 %

     

    Cette série repose sur le pays d’origine des marchandises, en dollars courants et sur une base douanière constante. Elle décrit les fournisseurs étrangers, pas la part des produits canadiens dans les achats domestiques. La baisse n’est pas linéaire et peut refléter les prix ou la composition des produits autant que les décisions d’approvisionnement.

    La vulnérabilité était déjà identifiée en 2021. Une analyse d’Affaires mondiales Canada recensait 500 catégories de produits importés jugées vulnérables; les États-Unis étaient le fournisseur dominant pour 396 d’entre elles. La recherche de solutions de remplacement précède donc les dernières mesures tarifaires.

    Les démarches des entreprises avaient également commencé. Le rapport Le point sur le commerce 2024 rapporte que 78,5 % des 465 PME manufacturières interrogées à l’automne 2023 avaient activement recherché de nouveaux fournisseurs. Ce résultat concerne cet échantillon. Le même rapport observe que le nombre de pays sources des importateurs avait peu changé entre 2018 et 2022 : chercher un partenaire ne signifie pas l’avoir intégré.

    Quels pays participent déjà aux approvisionnements

    Le Mexique est passé de 3,8 % à 6,8 % de la valeur des importations canadiennes entre 2005 et 2025; le Vietnam, de 0,15 % à 2,45 %. La Chine représente encore 11,5 % en 2025. L’Europe et l’Asie industrielle constituent aussi des sources établies : pour les machines et équipements industriels, l’Allemagne fournit 7,0 % des importations de 2025, le Japon 4,9 %, le Mexique 4,2 % et l’Italie 3,2 %, selon le même tableau.

    Le bâtiment conserve une dépendance américaine plus forte. Dans la catégorie regroupant les produits forestiers ainsi que les matériaux de construction et d’emballage, la part américaine passe de 76,9 % en 2005 à 63,4 % en 2025. Cette catégorie dépasse le seul périmètre des quincailleries; les chiffres ne constituent pas non plus une liste de pays recherchés par chaque entreprise. Ils montrent où des relations commerciales existent déjà.

    Pour les acheteurs publics, les possibilités internationales dépendent également des accords commerciaux applicables et des règles de réciprocité. Une ouverture à des partenaires étrangers ne constitue pas une décision d’achat, et la réciprocité n’exclut pas universellement les fournisseurs américains. La capacité à livrer un produit conforme demeure déterminante.

    À noter que Bien fait ici prépare une mission aller-retour avec le Brésil en avril 2027.

    Le Canada fait lui aussi partie des solutions de remplacement

    Le sondage d’EDC de la mi-2026, auprès de 1 100 exportateurs et entreprises prêtes à exporter, indique que 22 % s’approvisionnent localement en réaction aux tarifs américains. Le rapport indique aussi que 35 % prévoient accroître leurs achats auprès de fournisseurs canadiens. Ces résultats concernent cette population commerciale, et non toutes les entreprises; la fabrication des biens n’y est pas isolée.

    Les risques débordent les relations avec Washington. Dans le même rapport, 24 % indiquent diversifier leurs fournisseurs en réaction au conflit en Iran. Cette donnée ne mesure pas un déplacement hors des États-Unis : elle montre que plusieurs chocs peuvent conduire à élargir les options.

    Les investissements publics peuvent ancrer une chaîne industrielle

    Le projet de petits réacteurs modulaires de Darlington, porté par la société publique Ontario Power Generation, illustre ce mécanisme. Le Bureau des grands projets indique que plus de 80 % des dépenses du projet sont destinées à des entreprises canadiennes. Il s’agit d’un engagement de projet, pas d’achats tous exécutés ni d’une garantie que chaque composant sera fabriqué au pays.

    Des relations industrielles étaient déjà engagées avant 2025 : Velan a été retenue en octobre 2024 pour fabriquer des vannes et Worley Chemetics pour fabriquer un composant à Pickering. Le programme reste associé à une technologie américaine; il démontre un ancrage manufacturier canadien dans une chaîne internationale, pas une rupture avec les États-Unis.

    Des effets à suivre sur plusieurs années

    À court terme, les enquêtes mesurent des ajustements et des projets. À moyen terme, les qualifications de produits, les investissements et les renouvellements de contrats peuvent stabiliser de nouveaux fournisseurs. Les règles fédérales Achetez canadien ne sont pas rétroactives : leur déploiement passe notamment par les nouveaux appels d’offres et les renouvellements.

    La durée n’est toutefois pas acquise. En octobre 2026, la Banque du Canada constate des changements permanents chez certaines entreprises, mais des ajustements considérés comme réversibles par plusieurs autres. Pour les fabricants canadiens, l’occasion consiste à devenir une solution fiable que le client voudra conserver, même si les conditions commerciales s’améliorent.